En ces temps de pandémie de Covid-19 et d’année surtout passée entre ma maison et mon bureau et pas trop ailleurs, je ne vais pas me mentir, j’ai parfois le mal du pays. Je ne suis pas allé en France depuis 2017. Nous avions prévu un voyage pour 2020 et il n’a évidemment pas eu lieu. Y aller l’été prochain n’est pas réaliste non plus. 2022 ? Peut-être ? Aucune certitude à ce stade.

 

L’un des endroits qui me manquent le plus et où je ne suis pas allé depuis presque 10 ans se trouve sur la côte atlantique, dans le département des Landes. C’est l’un de mes endroits préférés au monde, et il s’appelle le Cap de l’Homy. C’est juste une plage, mais pour moi, c’est bien plus que cela.

 

En fouillant dans de vieilles archives, j’ai trouvé des photos de mon dernier voyage là-bas, en septembre 2011, peu avant mon départ pour le Japon.

 

 

Comparée à de nombreuses autres plages de par le monde, elle peut sembler “ennuyeuse” au premier abord. Une longue étendue de sable, ininterrompue sur environ 30 km. Le Cap de l’Homy n’est qu’une petite partie de cette étendue. La presque totalité de la côte atlantique du Sud-Ouest de la France est en fait une longue plage de sable d’environ 200 km de long, si l’on ne tient pas compte des quelques cours d’eau qui se jettent dans l’océan et l’interrompent en cours de route. Aucune petite île à proximité, aucune formation rocheuse, peu de faune apparente au premier coup d’œil. Juste du sable et de l’eau. Oui bon, n’oublions pas les arbres – la forêt landaise – juste derrière vous lorsque vous regardez l’océan. Elle est, après tout, l’une des plus grandes forêts d’Europe occidentale.

 

Contrairement à de nombreuses autres plages de cette côte, le Cap de l’Homy n’est pas flanqué d’une ville côtière. Le village le plus proche, appelé Lit-et-Mixe, se trouve à 7 km à l’intérieur des terres. Seule une poignée de maisons et de constructions se trouvent derrière la plage. Séparés de celle-ci par une dune de sable qui les protège – ainsi que la forêt – des sautes d’humeur de l’océan. La côte landaise est très populaire auprès des touristes en été, mais l’isolement relatif du Cap a permis d’éviter les foules que l’on retrouve dans les lieux plus connus des alentours. Même en plein été, lorsque la population passe d’une poignée de personnes à un peu plus d’un millier (en raison d’un grand camping situé dans la forêt), l’endroit parvient à conserver son atmosphère calme et relaxante. Loin du tumulte que l’on peut ressentir dans d’autres villes côtières proches.

 

La plage elle-même reste relativement peu fréquentée en été. S’il peut y avoir pas mal de monde juste en bas des escaliers du parking, surtout les weekends, il suffit de marcher quelques minutes, vers le nord ou vers le sud, pour retrouver la plage immaculée et déserte que l’on voit sur les photos.

 

Je ne suis pas quelqu’un de spirituel, mais il y a quelques endroits dans le monde, généralement proches des lieux où j’ai vécu, auxquels je me sens connecté de manière inexplicable. Des endroits où je me sens simplement bien, calme et serein, quoi qu’il arrive. Cette plage a été l’un de ces endroits pendant la majeure partie de ma vie.

 

 

J’avais quatre ans la première fois que j’y suis allé. J’y retournais au moins une fois par an, souvent plus, entre un jour et un mois, selon les saisons et les années. Ceci, chaque année entre 1977 et 2004. Même lorsque je vivais aux États-Unis, j’ai réussi à y passer une bonne partie de mes étés.

 

En d’autres termes, même si je n’ai jamais vécu là-bas, j’y ai grandi.

 

L’une des choses les plus importantes que j’ai apprises, je l’ai apprise là-bas. Dès l’âge de 4 ans, et tous les étés suivants, j’ai appris que “mon monde” n’était pas seulement ma ville natale et ses environs, pas ma région, ni même mon pays.
En été, l’endroit est peuplé de plus d’étrangers que de Français. À cette période de l’année, la population est environ : 75 % allemande, 10 % néerlandaise, 10 % française et 5 % autres (ce ne sont pas des chiffres officiels, juste une approximation tirée de mon expérience et les proportions ont pu changer depuis). Et quand j’avais quatre ans, ma meilleure amie de cet été là était une petite fille allemande, d’un an de plus que moi, et qui s’appelait Birgit. J’ai encore quelques souvenirs de cet été où nous étions devenus inséparables pendant quelques semaines malgré la barrière de la langue (sa mère parlait un peu le français). Malheureusement, je ne l’ai jamais revue. Sa famille n’est jamais revenue malgré le fait que de nombreuses personnes y vont chaque été et que de nombreuses amitiés à long terme ont débuté dans ce camping : j’y ai rencontré mon plus vieil ami, il y a maintenant environ 37 ans, deux autres amis se sont rencontrés là-bas et ont fini par se marier (je doute qu’ils soient les seuls).
Depuis cet été là, et à peu près tous les étés suivants, c’était pour moi l’occasion de m’amuser et me détendre à la plage, mais aussi de rencontrer des gens d’autres pays, et d’acquérir peu à peu l’esprit international qui est maintenant partie intégrante de moi.

 

C’est aussi l’endroit où beaucoup des “premières fois” de ma vie se sont produites : premiers verres (j’ai beaucoup aimé), premières cigarettes (j’ai beaucoup détesté), premier amour (j’ai beaucoup aimé), premières vacances sans mes parents (j’ai beaucoup aimé), et quelques autres.

 

Donc oui, c’est l’endroit où j’ai littéralement grandi à bien des égards.

 

Pourtant, je ne suis retourné qu’une seule fois au Cap de l’Homy depuis août 2004 !

 

Paradoxalement, malgré le fait que j’ai réussi à y passer au moins quelques jours – souvent plus – chaque été pendant mes sept années aux États-Unis, après mon retour en France à l’été 2005, il est devenu de plus en plus difficile d’y aller.
J’ai déménagé à Paris peu de temps après ce retour. Là-bas, j’avais rarement l’occasion d’aller dans mon Sud-Ouest natal, et quand on vit à Paris, on n’a souvent pas le choix pour les vacances d’été. Il faut les prendre en août. Malheureusement, tous mes amis y allaient généralement en juillet. Et y aller seul n’était pas forcément attirant à cette époque-là de ma vie. Plusieurs étés, j’ai eu l’intention d’aller y passer au moins une journée, voire un weekend, mais comme je n’avais que très peu de temps à la maison, je remettais toujours cela à l’année suivante. Sans parler des contraintes matérielles. Je crois que mes parents ne possédaient plus vraiment de matériel de camping adéquat à cette époque. Ils campaient encore un peu, mais dans une petite caravane, il n’y avait plus de tente à ma disposition. Et puis vous savez, on se dit “tant pis pour cette fois-ci, j’irai la prochaine fois” et les années passent sans qu’on y soit retourné.

Jusqu’à ce que je finisse par rentrer chez moi en 2010. J’ai attendu un an de plus pour y retourner, puis j’ai déménagé au Japon. Je n’ai passé qu’un seul été en France au cours des dix dernières années, je voulais y aller, mais ça ne s’est pas fait.

 

 

Comme je l’ai mentionné précédemment, ces photos sont issues de mon dernier voyage là-bas. C’était l’occasion de reprendre contact avec l’endroit, de le présenter à ma femme et de lui dire au revoir, sans savoir quand je reviendrais. Nous y étions allés passer quelques heures, après avoir rendu visite à un ami qui n’habitait pas très loin. Nous avons marché sur la plage. Nous avons dîné au restaurant dont j’étais autrefois un habitué. C’était bien plus qu’un simple restaurant, c’était aussi un café, et surtout le lieu de rendez-vous de presque tous à l’époque. Je suis content d’avoir pu parler avec le propriétaire ce jour-là. Il ne m’avait pas vu depuis six ans et s’interrogeait à mon sujet. Maintenant, ça fait 10 ans. Est-ce qu’il m’a oublié ?

 

 

Je ne sais pas quand j’y retournerai, mais je sais que j’y retournerai. Après tout, un jour, j’ai dit que je prendrais ma retraite là-bas, et… Si jamais je reviens vivre en France un jour, cela reste à ne pas exclure.

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.