Aujourd’hui, une carte postale montrant la visite du Président Poincaré à Lyon en mai 1914.

Une des choses fascinantes à travers ces cartes postales, c’est de voir tous les usages qu’il en était fait à l’époque. Ici, une commémoration d’une visite présidentielle. J’ai envie de dire qu’ils s’agit d’infos, mais je ne suis pas trop sûr que ce soit applicable. Certes, l’immédiateté de l’information est un phénomène assez récent (quoique les éditions spéciales des journaux, ça ne date pas d’hier), mais là, il s’agit d’un événement survenu en mai, dans une carte postale envoyée fin août. Donc je penche plutôt pour la commémoration d’un événement.

 

 

J’allais dire que je ne sais rien de cette visite présidentielle, mais internet réserve parfois des surprises. En effet, j’apprends en tapant ces lignes qu’il s’agissait d’une visite de l’exposition internationale urbaine de Lyon qui s’est tenue au cours de l’année 1914.

Donc si le recto de la carte n’a aucun lien avec la Première Guerre Mondiale, les choses sont différentes pour le verso.

Elle date du 28 août 1914, soit trois semaines après la déclaration de guerre de l’Allemagne à la France. Nous y retrouvons Jean Sazy écrivant à sa femme Jeanne. Il est dans un hôpital de Lyon, mais il mentionne être en bonne santé. Je présuppose une série de tests médicaux après sa mobilisation ou quelque chose de la sorte. Sa localisation à Lyon laisse penser que son régiment y est en posté en attendant d’être envoyé au front. Nous sommes encore assez loin de la guerre des tranchées. Les batailles se déroulent surtout à la frontière et en Belgique pendant les premiers jours de la guerre. Mais cinq jours auparavant, la défaite de Mons a déclenché le début de la retraite des alliés vers la Marne et le début de l’invasion du nord de la France par les armées allemandes.

Le contenu de cette carte est encore très loin de tout cela. Jean semble surtout s’ennuyer à Lyon et se plaint presque de ne pas recevoir assez de nouvelles. Comme je le mentionnais déjà lors de la précédente carte, même s’il ne racontera jamais les détails de sa vie de soldat, la lente évolution de son ton dans ses écrits est tout aussi intéressant que triste.

Ici, c’est l’une de ses premières cartes, il n’est soldat que de statut et n’a pas encore rencontré le front et ses batailles. Ça viendra. Trop vite.

 

 

Je retranscris ici le contenu de sa carte pas toujours facile à lire. J’ai corrigé ses fautes les plus évidentes, mais certains termes restent bizarres. Expressions d’alors ayant disparu ? Termes que je n’arrive pas à déchiffrer ? Pas toujours sûr.

 

Envoyé par le soldat à l’hôpital auxiliaire n° 107-80 – Boulevard de la Croix-Rousse Lyon

Chère famille,

Je ne sais que faire alors je me suis dit il te faut envoyer cette carte comme ça je suis sûr que vous ne vous ferez plus de mauvais sang. Seulement, moi je suis étonné de ne pas recevoir davantage de vos nouvelles. Depuis que je suis parti pour Albi, j’ai reçu deux correspondances. À présent, je crois que ça marchera plus directement.
Je t’ai envoyé une carte mercredi. Sur cette réponse fais moi le plaisir de me dire si tu l’as reçue, et en même temps, j’ai écrit à Donzac (1). Je crois que tu ne retarderas pas trop pour me donner de vos nouvelles. Si vous avez défriqué (2) et si le commerce marche.

Pour moi, je suis toujours à peu près en bonne santé. Je suis heureux d’être avec Jonquad (3) et notre caporal de Lescaide (3) toujours bien soigné (4).

Ton mari qui t’embrasse bien fort de loin.

Bonne santé à tous et des nouvelles aux voisins.

 

Notes:

  1. Donzac est un petit village du Tarn-et-Garonne à quelques kilomètres de chez lui. Il doit y avoir de la famille.
  2. Jamais entendu le terme “défriquer” auparavant. S’agit-il d’un vieux terme disparu (mais je ne trouve rien sur internet) ou d’une faute, soit de sa part, soit de la mienne. Défriché ?
  3. Pas trop sûr de l’orthographe exact du nom des deux soldats (Jean ne devait pas en être très sûr lui non plus). Sur le site de commémoration des morts pour la patrie, j’ai trouvé trois Jonqua venant du Tarn-et-Garonne et morts pendant la guerre. Deux d’entre eux venant de villages à deux pas de celui de Jean : Gabriel Jonqua, mort à 41 ans en décembre 1918 de la terrible grippe de l’époque et Clément Jonqua, mort à 27 ans en octobre 1916 dans la Somme (très certainement durant la terrible bataille du même nom). La troisième Jonqua vient d’un peu plus loin et est mort en Belgique cinq jours avant que cette carte ne soit postée.
    Je ne trouve rien sur le caporal. Peut-être le nom est-il trop mal orthographié, peut-être a-t-il survécu à la guerre. Je ne sais pas.
  4. Pas sûr du tout qu’il s’agisse de “soigné” ici. Mais ça se tient. Surtout si le caporal a un nom à particule.

 

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