Souvenirs d’un Nouveau Siècle

 

Vous avez peut-être vu un certain nombre de vieilles cartes postales sur ce site, vous vous demandez peut-être le pourquoi de la chose ?

 

Il y a deux histoires associées à elles. Une très courte qui se déroule dans les années 1990 et une bien plus grande qui a débuté en 1885.

1885 est l’année de naissance de mon grand-père. Si vous faites le calcul, il aurait eu 88 ans l’année de ma naissance. S’il avait été encore en vie à ce moment-là. Pour une raison que j’ignore, il s’est marié assez tard dans sa vie et il avait déjà 55 ans quand il a eu mon père. Il est mort en 1957, mon père n’était alors qu’adolescent.
Par conséquent, comme vous pouvez l’imaginer, j’ai grandi sans savoir grand-chose de lui, et le peu que je sais concerne les dernières années de sa vie.

Puis, un jour…

Je ne me souviens pas de l’année exacte. 1996 ? 1997 ? L’une des deux, mais laquelle ? Je me souviens juste que c’était pendant que j’étais étudiant à Toulouse. C’était le printemps et c’était un week-end de quatre jours (Pentecôte ? L’Ascension ? L’un de ceux-là). Comme c’était souvent le cas à l’époque, pendant les longs week-ends, j’étais rentré chez mes parents à une heure de route environ. Mon groupe d’amis du lycée, de qui j’étais encore proche était dispersé dans plusieurs villes à l’époque et les longs week-ends étaient toujours une excellente occasion de se retrouver dans notre ville natale et de passer du temps ensemble.

Un coup de fil fut passé. Un deuxième. Un troisième. Combien au total ? Dix ? Peut-être. Je ne sais combien d’amis j’ai essayé d’appeler ce vendredi soir-là, mais je n’ai pas réussi à en joindre un seul ! Pour une raison étrange, aucun d’entre eux n’était rentré. N’oubliez pas que nous parlons ici d’une époque où les téléphones portables n’existaient pas et où internet n’était une chose dont j’avais encore que vaguement entendu parler. Se retrouver à plusieurs nécessitait à l’époque des capacités de planification dont nous n’avons plus besoin aujourd’hui. Cela impliquait surtout beaucoup d’appels téléphoniques à envoyer et à recevoir avant de finalement fixer une heure et un lieu de rendez-vous.

Eh bien, ce soir-là, le lieu était la maison de mes parents. Pour un long week-end entier. Sauf que j’étais le seul participant.

Ah oui, j’ai oublié de préciser que mes parents s’étaient aux aussi absentés pour tout le week-end.

En d’autres termes, j’allais passer quatre jours entièrement seul.

 

Après avoir regardé cinq ou six films, j’ai décidé que j’en avais assez. J’aime le cinéma plus que la moyenne des gens, encore plus à l’époque, quand j’avais vraiment le temps de regarder des films. Mais je n’aime pas le cinéma au point de vouloir regarder des films pendant quatre jours sans interruption.
L’ennui s’insinuait lentement mais sûrement en moi. En général, je ne m’ennuie jamais : je trouve toujours des moyens de ne pas m’ennuyer (cela vient du fait que j’ai grandi sans frère ni sœur, ni aucun enfant de mon âge dans mon quartier). J’avoue, j’ai même du mal à comprendre les gens qui disent qu’ils s’ennuient. Et pourtant, ce soir-là, l’ennui était sur le point de me gagner pour la première fois depuis de nombreuses années. Je me retrouvai de plus en plus désemparé face à la situation et la solitude. Je ne savais plus trop que faire pour passer les trois journées à venir.

J’entends certains d’entre vous suggérer que j’aurais simplement dû ouvrir un livre.
Oui, bonne idée. Non, vraiment, excellente idée.
Mais, vous voyez, à l’époque, j’étais étudiant en littérature. Je passais mes semaines à lire, c’était mon activité principale du lundi au vendredi. Et donc, je suis sûr que vous comprendrez que je n’avais pas vraiment envie de faire le week-end ce que je faisais aussi en semaine. Vous savez, le but d’un week-end c’est quand même un peu de faire une pause par rapport aux cinq autres jours. Du coup, je ne sais même pas si j’avais apporté des livres avec moi depuis Toulouse.

Et puis, je n’écrivais pas encore à l’époque.

 

Essayant de combattre l’ennui par tous les moyens possibles, j’ai commencé à fouiller dans les recoins de la maison à la recherche de quoique ce soit pouvant m’occuper quelques heures. J’ai bientôt remarqué la vieille boîte en carton qui trônait depuis quelques années en haut d’une étagère du salon de l’étage. Je ne m’étais jamais posé la question de son contenu jusqu’à ce jour-là.

Je l’ai attrapée et je l’ai ouverte. À l’intérieur, il y avait plusieurs centaines de vieilles cartes postales (environ 500) ! Et par « vieilles », je veux dire vraiment vieilles. Elles dataient presque toutes des premières années du 20e siècle, entre 1900 et 1925 environ !

Il s’agissait de la correspondance de mon grand-père, couvrant ses jeunes années avant qu’il ne rencontre ma grand-mère. C’était aussi l’époque de la première guerre mondiale. Mon grand-père n’a jamais été mobilisé (il semble qu’il ait eu des problèmes de santé à l’époque), mais un autre membre de la famille l’a été. les cartes qu’il adressait à sa femme se sont retrouvées – je ne sais comment – elles aussi dans cette boîte avant que celle-ci n’arrive chez mes parents après le décès de ma grand-mère dans les années 1980.

 

Intrigué, j’ai commencé à lire une carte postale, puis une autre, et une autre, et encore une autre. Je les ai toutes lues ! J’ai passé la totalité du reste du week-end dans les premières décennies du 20e siècle, en apprenant des choses sur la jeunesse de mon grand-père, sur sa famille élargie dont je n’avais jamais entendu parler, et plus généralement sur la vie quotidienne dans un village du Sud-Ouest au début d’un nouveau siècle.

Ce fut l’un des meilleurs week-ends de ma vie. Encore aujourd’hui, il figure près du sommet quand j’essaie de me remémorer mes meilleurs week-ends de ma vie.

 

Plus tard, de retour en France après mes années floridiennes, j’ai repensé à ces cartes postales, me disant que ce ne serait pas une mauvaise idée que de les archiver en ligne. Il y a une dizaine d’années, j’ai ouvert un blog en français pour les y transcrire. Il est toujours en ligne, vous pouvez y jeter un coup d’œil. Malheureusement, cela demandait plus de temps que je ne pouvais lui consacré et je l’ai peu à peu abandonné.

Eh bien, j’ai décidé de m’atteler de nouveau à cette tâche, cette fois ici-même. Cela prendra le temps qu’il faudra.

 

J’aimerais pouvoir les trier avant de les publier – pour que vous puissiez lire les récits dans leur ordre plus ou moins chronologique – mais ce serait trop de travail. Sans compter qu’étant actuellement au Japon, je n’ai avec moi que les scans numérisés, les cartes postales originales sont toujours dans la maison familiales. Un jour peut-être. Mais, en fait, j’aime cette façon désorganisée de vous présenter ces gens et leurs vies. Comme des pièces d’un puzzle. Comme de vieux souvenirs remontant à la surface de manière plus ou moins aléatoire.

 

En tout cas, j’espère que vous apprécierez ces

souvenirs d’un nouveau siècle

 

 

 

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